Première nuit, batik et insalubrité


Je m’excuse pour l’absence d’écriture et le manque de rigueur sur ces deux dernières semaines. Moi qui voulait maintenir un rythme un peu sérieux c’est raté… Ma famille qui vit en Espagne est venue me rendre visite pour me dire au revoir avant mon départ pour la Nouvelle-Zélande, et pas mal d’amis ont fait un retour sur Bordeaux pour les fêtes. J’ai un peu (beaucoup) enchainé les nuits blanches et les moments de partage en laissant un peu mon ordinateur de côté. Anyways, I’m back !


 

Samedi 21 janvier 2017 – Quartier Adidogomé – Apédokoè

Première nuit en terre africaine pas si reposante que ça. Je quittais tout juste les nuits glaciales passées sous la couette et me heurtais à la compagnie des moustiques mêlée aux sueurs nocturnes, aux aller-retours à la « salle de bain » pour me rafraîchir en tentant de ne réveiller personne… aux chants et cris des vendeurs ambulants qui commencent leur journée de travail à cinq heures du matin. Tout ceci pour finir avec un réveil ultime de type pomme de terre au four sous la taule à 7h du matin. Bref, je crois que j’ai dormi une heure ou deux.

Au réveil, nous avons pris un petit dej tous ensemble dans la cour de l’association. Chaque matin, on avait soit droit à une omelette aux oignons, soit à un pain brioché préparés par Inoussa et Georges avec de la confiture et du thé ou café. Petit dej européanisé donc… On m’a ensuite présentée à mon maître de stage, qui vivait dans une maison derrière notre rue, une maison pas mal mieux que la notre, avec deux petits chiots, Bobby et Castel qui de par leur enthousiasme faisaient de très mauvais chiens de garde.

J’ai également fait la rencontre de Credo et Jean, deux adorables artistes batikeurs aux allures reggae qui viendraient tous les jours utiliser la table de notre association pour pratiquer leur art. Le batik est une sorte d’impression sur tissu faite à la main, à base de colorants et cire. Ils font en quelque sorte une toile fluide, qui peut être conservée au grand format, ou utilisée pour faire des vêtements ou autres articles.

J’ai ensuite découvert mon quartier en plein jour, petit coin tranquille, loin du centre ville avec ses rues faites de terre rouge et de sable, où les piles d’ordures sont abondantes. Aucun système de récolte n’est mis en place par le gouvernement et il y a des tonnes de déchets un peu partout. Les fameux poulets bicyclettes, chèvres ou autres animaux d’élevage qui se baladent librement ne manquent pas de se faire une pause encas en avalant du polystyrène ou autres résidus en plastique qui sont à leur portée.

C’est une grosse problématique ici au Togo, malheureusement les moyens mis en œuvre pour y remédier sont très maigres, et la pauvreté dont est victime la population ne permet pas de considérer cette question comme une priorité. Il s’agit pourtant de quelque chose d’important, car l’insalubrité des quartiers est extrêmement liée à de nombreux problèmes de santé. Certaines associations locales tentent de remédier à ce problème, mais le manque de moyens financiers et matériels ne permet pas d’agir à une échelle convenable. Certains organismes privés ramassent certaines poubelles de temps en temps en échange d’une certaine somme, cependant ils ne passent pas dans tous les quartiers et la majorité des togolais n’ont pas les moyens d’y faire appel. Les déchets ménagers sont donc entassés dans certains coins de rue et restent intacts.

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Mis à part ça, c’est quand même joli, il y a beaucoup d’herbes et de palmiers recouverts de noix de coco bien que la végétation soit majoritairement sèche. Nous trouvons de petites maisons faites de terre ou de briques un peu partout. Les gens passent beaucoup de temps à l’extérieur, les femmes accompagnées de leurs enfants se regroupent pour faire leur linge ensemble ou pour vendre des choses côte à côte. Cela leur permet de discuter ou de faire la sieste sur une natte pendant que d’autres gèrent leurs ventes.

La nuit, nombreux sont ceux qui font le choix de dormir à la belle étoile pour fuir la chaleur qui s’est imprégnée dans les murs durant la journée. Il y a donc toujours du monde partout, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. C’est d’une convivialité exceptionnelle. Tout le monde se salue, se parle, se souhaite une bonne journée et montre un respect qui traduit des valeurs que nous avons perdu depuis longtemps. Finalement cette population existe et vit au travers de sa communauté, et même en étant étranger, il est impossible de passer outre ce sentiment de bienveillance et de partage dans lequel nous sommes immergés dès notre arrivée.  « Eh toi ! Le blanc! Sois le bienvenu! », « Tu es ici chez toi, bonne arrivée ».


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En ce qui concerne les enfants, ils sont très nombreux. Beaucoup ne vont pas à l’école et partent en quête de nouvelles aventures qui occuperont leur journée. Ils arpentent les chemins de terre seuls, s’éloignent de leur maison comme des grands et jouent avec un peu avec tout et n’importe quoi. Certains se baladent nus, laissant apparaitre leurs petites fesses toutes potelées, certains portent leurs petits frères sur leur dos, d’autres fabriquent eux même des jouets avec ce qu’ils trouvent, avec des pneus de motos ou se battent avec des bâtons tels des chevaliers ou des super-héros.

J’ai été énormément surprise et touchée par leur maturité, par leur capacité à s’auto-gérer à prendre soin les uns des autres pendant que leurs parents travaillent. Il est vrai qu’il y a des scènes que j’aurais préféré ne pas voir, mais nous y viendrons plus tard car durant ces premiers jours tout me paraissait assez innocent, simple et loin de toute sévérité.


 

Ces petites boules d’énergie savent que des « blancs » se trouvent dans cette maison et ne manquent pas d’accourir lorsque nous franchissons le portail :  « Yovo, yovo! ».Le mot « yovo » est le terme utilisé pour s’adresser à un étranger, il peut être traduit comme « le blanc », (même si vous êtes métisse) et se transformera en votre nouveau nom pour le reste de votre séjour. Il est utilisé par les adultes mais majoritairement par les enfants qui apprennent une chanson à l’école : Yovo, yovo, bonsoir ! Yovo, yovo bonsoir ! Ca va bien? Merci!!! ». Il est presque impossible de sortir dans la rue, je crois d’ailleurs que ça ne m’est pas arrivé une seule fois, sans entendre cette chanson répétée à tue-tête. Ils sont également très amusés et curieux de notre couleur de peau, et puis surtout de nos cheveux. Le fait d’avoir des cheveux relativement lisses et clairs semblent être une énigme uniquement résoluble par le toucher, qui conduit inéluctablement à de nombreuses séances de tressage et coiffure en tout genre.


 

Notre quartier présente également beaucoup de petites épiceries, et lorsque je dis épiceries il s’agit plutôt de maisons de particuliers avec une petite grille et une cloche ou nous pouvons sonner à presque n’importe quelle heure pour acheter eau,  pain, limonade, jus de bissap (fleur d’hibiscus), biscuits, lessive, etc… C’est très pratique lorsque nous ne pouvons pas aller au marché mais que nous avons besoin d’être dépannés en petites quantités.

J’en profite pour vous laisser un petit court-métrage réalisé par des amis pour vous montrer la mignonne petite épicerie où j’allais faire mes petites courses pendant mon deuxième stage, histoire de vous montrer un peu à quoi ça ressemble.

Ce jour là, on m’a accompagné faire quelques démarches concernant l’ouverture de ma ligne téléphonique et autres papiers, et je suis ensuite partie à la plage avec le reste des stagiaires et quelques locaux. Première journée pas trop désagréable, avec un dodo prématuré et bien mérité.

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Copie de Le ptit BON

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