Bordeaux – Paris – Lomé

Vendredi 20 janvier 2017 

Le grand jour se présentait et ce que je ressentais à l’approche de mon départ pour le Togo était assez mitigé. D’un côté j’avais hâte, j’étais heureuse et pleine de certitude. J’écoutais « 1er gaou » en boucle en préparant mes pas de danse sous la douche, comme si l’Afrique se résumait à des histoires d’argent et de caïman braisé au rythme des djambés (peut être pas si cliché que ça finalement). De l’autre, j’avais un peu peur de laisser ma petite routine et mon entourage pour me lancer dans cette grande aventure dont la couleur restait encore très floue.

Les jours précédant mon départ apparaissaient un peu comme une scène d’apocalypse : En dehors de gros soucis d’ordre familial, je m’apprêtais à ouvrir les portes d’une nouvelle étape que j’appréhendais depuis longtemps : me voilà arrivée au bord du quai « Vie d’adulte, fin de vie universitaire, descente de tous les voyageurs ». Vie qui ma foi, malgré quelques désagréments me berçait de son rythme tantôt paisible, tantôt mouvementé depuis bientôt cinq années (et qui me donnait surtout une excuse et le droit de ne pas savoir quoi faire de ma vie). Nouvelle vie, nouveau lieu de vie, il allait donc de soit que mon chez moi se transforme en le « chez de quelqu’un d’autre ». Je cède donc ma place dans ce petit studio aux allures de chalet en bois situé au milieu du campus que j’aimais tellement. Ensuite, étape bien pénible, dire au revoir à tous ses bons potos qui pour la majorité avaient décidé de quitter Bordeaux (je vous en veux toujours) et qui ne seraient plus là à mon retour.

J’avais aussi fait le choix de laisser la personne avec qui j’étais depuis deux ans. Lui avait l’intention de partir au Brésil pendant une année juste avant mon retour donc il fallait se faire à l’idée que nos projets allaient nous maintenir à distance pendant un an et demi minimum. Ne croyant pas tellement à ce genre de relation, surtout sur une période aussi longue et compliquée, ce compte à rebours prenait lentement le parfum amer des adieux. Les heures passaient et la peur de la perte grandissait mais j’avais fait un choix qu’il ne fallait pas que je regrette. J’ai tendance à me dire que malgré les aléas de la vie et le temps qui passe, certaines personnes restent spéciales à nos yeux, et j’ose espérer que si quelqu’un compte pour nous au point de ne pas l’oublier on est toujours à même de pouvoir le retrouver des mois, voire des années plus tard. Bon là clairement je ne me voyais pas finir mes vieux jours avec donc c’est peut-être ce qui a accentué l’intensité de ces au revoir dont il fallait accuser la fatalité mais bon…c’est la vie !

Une nuit sans sommeil, un taxi à 3h du matin direction l’aéroport, une matinée de pleurs et d’angoisses. Un dernier au revoir et un dernier regard avant de passer les portes du contrôle de sécurité.


 

Une fois dans l’avion, étrangement je n’ai plus pleuré, je n’avais pas peur de ce qui m’attendais non plus. J’étais calme, sereine et je ne me posais plus trop de question. Ce saut dans le vide m’intriguait, l’excitation revenait et je prenais gout à ce sentiment d’inconnu, de liberté. La liberté de ne pas savoir et de ne plus décider.

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Arrivée à Lomé

20h30 – Après 6h20 de vol depuis mon escale à Paris j’arrive à Lomé, capitale du pays. Une fois sur place me voilà entourée de personnes d’origine africaine (sans déconner!) habillées de boubous, de tissus de toutes les couleurs et de sourires. C’était beau. C’était beau mais moi je commençais à avoir chaud avec mes vêtements d’hiver, donc je me change comme je peux au milieu de la salle d’arrivée. Avant de sortir de l’aéroport il fallait que je fasse faire mon visa au guichet, des sortes de gendarmes contrôlaient nos papiers et nous prenaient en photo pour les ajouter à leurs fichiers d’immigration. Je me suis prise la tête avec un des officiers qui me demandait de lui donner mon numéro de téléphone togolais. Je lui dis que je n’en ai pas vu que je viens d’arriver, il s’énerve, me dit que ça lui est égal, qu’il lui faut mon numéro d’ici (la logique de l’administration togolaise dans toute sa splendeur). Cet homme ne me laisse donc pas sortir, ça a duré dix ou quinze bonnes minutes jusqu’à ce que je contacte mon maître de stage sur Facebook pour pouvoir mettre le sien sur mon papier. Je précise donc que ce n’est pas mon numéro mais celui de la personne qui sera en charge de mon séjour. Le gendarme me demande si il pourra appeler ce numéro pour venir me voir et faire sa demande en mariage. Ah ça commence bien… l’enthousiasme des hommes africains n’est donc pas une légende et me voilà déjà avec un potentiel futur mari d’environ quarante ans. GREAT!

Je sors enfin de l’aéroport et là, une sensation que je n’avais jamais ressentie : un énorme souffle de chaleur avec une humidité impressionnante, c’est quelque chose d’assez indescriptible. Si je devais essayer de l’expliquer je dirais que c’est comparable à une entrée dans un sauna ou un hammam, voir un mix des deux. Je n’ai pas le temps de me remettre de ce « choc thermique » (qui était tout à fait agréable) : je vois des gens partout, certains s’embrassent, certains pleurent, certains tiennent des pancartes mentionnant le nom des personnes qu’ils sont venus chercher. Il se passe plein de choses, je regarde un peu partout d’un air perdue en n’ayant vraiment aucune idée de qui allait venir me récupérer. Mon imbécile de maître de stage (et je pèse mes mots) m’avait précisé au dernier moment qu’il ne serait pas là mais que quelqu’un viendrait me chercher. Je décide de m’avancer un peu vers la sortie et j’entends : « Laura? ». Je lève la tête et vois une jolie blonde d’à peu près mon âge. Elle s’appelle Joy, elle est là depuis deux semaines et elle est venue me chercher avec Inoussa et Beaugars, deux employés de l’association. Après quelques blagues, ils prennent mes valises, on monte dans une voiture et nous nous mettons en route vers mon nouveau chez moi.

Sur la route, nous passons par des chemins de terre, il y a des gens partout, des vendeurs ambulants, des dames qui portent des grosses bassines de fruits sur leur tête, des chèvres, des taxis et beaucoup de motos. Il est 21h30, il fait 30 degrés, l’air chaud caresse mon visage que j’ai passé par la fenêtre pendant que je discute avec Joy et les gars à l’arrière de la voiture.

A cet instant je me rends compte que ces six mois à la saveur d’été vont faire de moi la plus heureuse des stagiaires.

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Arrivée à l’association

Après presque une demi-heure de route, on s’enfonce dans des chemins de terre sinueux , pleins de trous et de bosses, difficiles d’accès en voiture. On arrive finalement dans la cour de l’association, d’autres stagiaires sont là. Il y a Margaux, Anaïs et Thibault qui sont arrivés ensemble environ une semaine avant moi. On me dit qu’il y a également un certain Léo qui est parti pour le week-end mais qui revient dans quelques jours. Joy me fait rentrer dans la maison, pour me conduire dans la chambre que je vais partager avec elle. La maison est faite de terre, de ciment et de taule, on dirait un peu un chantier. Il n’y a pas de revêtement sur les murs ou le sol, pas beaucoup de portes, pas de douche ni de chasse d’eau, pas de frigo non plus, mais bon, ce n’est pas très grave. Il y a une sorte de pièce commune avec un semblant de bureau, quatre chambres à partager, certaines pour les stagiaires, une autre pour Inoussa et Georges, les deux hommes qui allaient s’occuper de nos repas et de la gestion au sein de l’asso. Je m’installe donc dans ma chambre : on dormira à deux sur une sorte de matelas de dix centimètres d’épaisseur posé sur le sol, vraiment très dur et loin de tout confort, avec un ventilateur qui ne marche pas, mais toujours rien de bien grave. Au moins on a une grande moustiquaire prêtée par une des stagiaires et j’ai une coloc sympa.

Baptème de sodabi

On passe à table, la cour est agréable, il y a une sorte de « cabane cuisine » à l’extérieur où les repas sont préparés au charbon, il y une table sous une sorte de préau fait de paille et de bois. Il fait très chaud, on discute et je me fais baptiser au sodabi, tradition de bienvenue. Le sodabi est un alcool très fort réalisé à partir de la distillation du vin de palme. Lorsque l’on arrive au Togo, la tradition veut qu’on se fasse baptiser, il faut alors boire un petit verre d’alcool d’un coup en laissant quelques gouttes tomber sur le sol en guise d’offrande aux anciens, marque de respect. Si nous arrivons à boire le verre d’une traite nous passerons un bon séjour, et comme nous n’avons pas vraiment de verre à shooter, les togolais utilisent souvent les bouchons de produits à moustique, original. J’ai bu mon bouchon de produit moustique en manquant de tout recracher mais comme je suis un bonhomme mon estomac et moi avons résisté.

Me voilà rassurée, j’ai la garantie que je vais passer un bon séjour, me voilà protégée et rien ne pourra m’arriverWoézon* ! *Bienvenue en éwé, langue locale.


Soirée station-service

Après le repas, nous partons à une soit-disant soirée, on monte à 8 dans une petite voiture, on s’entasse comme on peut, cinq derrière, trois devant, ça me surprend un peu mais ici c’est normal. Toujours la tête par la fenêtre j’observe la vie nocturne togolaise et j’essaye de m’imprégner de ce nouvel environnement qui sera le mien pendant six mois et qui est aux antipodes de ce que je connaissais. Lorsque je relis mon journal, ma naïveté me fait un peu rigoler : les premières choses qui m’ont choquée ont été le fait de voir des hommes dormir sur leur motos. Limite à la fin de mon séjour j’aurais pu faire pareil, voir pire. En effet, les taxi-motos travaillent toute la journée et même la nuit, du coup pour se reposer ils font des siestes à n’importe quelle heure, à n’importe quel endroit. Ils mettent leur tête sur le guidon et leur corps sur le reste de leur moto. C’est assez surprenant de voir à quel point ils ont l’air à l’aise dans cette position, habitués à s’endormir paisiblement au cœur d’une ville très bruyante et pleine de vie 24h/24.

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Cette première soirée s’est donc déroulée dans une station-service (oui, oui). On n’a pas trop compris le sens de cet événement mais plein de gens étaient là, on se servait de l’alcool dans la superette de la station et on payait au moment de partir. Certains discutaient à côté des frigos tout en se resservant, d’autres au rayon shampoing, certains buvaient dehors à côté des pompes à essence. Bien qu’étrange et surprenant, on a pu rencontrer pas mal de personnes avenantes avec qui on a discuté. Tout se passait bien jusqu’à ce que deux hommes se disputent et que ça partent en bagarre générale dans le supermarché. Tout le monde s’en mêlait, ils faisaient tomber les articles dans les rayons et on s’est dit qu’il valait mieux rentrer finalement.  « Ils sont fous ces togolais ».

On est rentrés vers 3h du matin, je n’avais pas dormi depuis deux jours mais finalement je suis restée avec les autres stagiaires pour discuter dans la cour jusqu’à 4h30 ou 5h du matin. Qu’ils s’agissent des stagiaires ou des locaux, ça faisait tellement de bien de rencontrer des gens simples, qui avaient un peu le même état d’esprit que moi et qui n’avaient pas l’air de se prendre la tête. Qu’ils s’agissent de missions en psychologie/psychiatrie, gestion des déchets, missions avec des enfants, ou projets de développement artistiques et culturels, on était tous là pour apprendre des choses, voir la vie d’une façon différente, aider à notre manière et ce sentiment là était juste magique.

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Afin de vous donner une idée de là ou nous nous trouvions voici quelques photos de l’association prises le lendemain matin, je m’excuse pour leur qualité qui laisse à désirer.

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Copie de Le ptit BON

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Commentaires

5 comments on “Bordeaux – Paris – Lomé”
  1. Mace Nicole dit :

    Bravo d’avoir bravé l’Afrique…voyage qui devrait te rester graver à vie.

    *cour et non cours (ça m’a juste un peu surprise)

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    1. leptitbonheur dit :

      Bonjour ! Merci beaucoup, j’ai corrigé ça aha 🙂 Oui c’est sûr que ces six mois ont laissé des traces, il est de ces pays dont on ne revient pas !

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  2. hara dit :

    Bravo jai voyager avec vous et jadore votre derision et votre vie daventure et pleins de rebondisselents et contee a merveille ca me rappelle lafrique..😘😘😍😎😎

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    1. leptitbonheur dit :

      Merci beaucoup ! ce n’est que le début 🙂

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  3. admin9380 dit :

    Ohh mon commentaire ne s’est pas chargé tout à l’heure =( je disais donc :

    Laura tu as fais du très beau travail avec ce blog, un vrai bonheur, le titre lui va à merveille 😉 ! Merci pour ce bel article qui m’a tout de suite transporté lors de mon arrivée au togo, ce bruit, cette chaleur, tous les sens sont en alerte et un peu perdu il faut l’avouer, mais moi j’avais la chance d’avoir lili qui m’attendait au bras de son chéri et d’Abraham, lorsque j’ai débarqué en terre Africaine, quel merveilleux souvenir. Merci de remonter ces moments à la surface, ça me fait sourire 🙂 .

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